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Refuges animaliers : hausse des abandons après les vacances d'été

Par Maxime
5 minutes

La fin de l’été, une période critique pour les refuges animaliers

Chaque année, la rentrée de septembre coïncide avec une crise silencieuse qui frappe les refuges pour animaux partout en France. À la sortie des grandes vacances, associations et bénévoles font face à un afflux d’animaux abandonnés, chiens, chats et nouveaux animaux de compagnie (NAC), saturant des structures déjà sous tension.

Un phénomène saisonnier devenu récurrent

Si l’abandon d’animaux n’est malheureusement pas limité à une saison, la période post-estivale représente un pic bien identifié par les professionnels et les associations de protection animale. Selon la Société Protectrice des Animaux (SPA) et de nombreuses autres structures, près de 40% des abandons annuels seraient enregistrés pendant les mois d’été, avec un rebond sensible début septembre.

Les raisons de cette hausse sont multiples. Certains maîtres partent en vacances et ne souhaitent pas ou ne peuvent pas emmener leur animal avec eux. D’autres découvrent, après quelques semaines d’adoption en juin ou juillet, que la cohabitation s’avère plus complexe ou contraignante qu’escompté. «Nous le constatons chaque année, déplore Angélique, salariée d’un refuge en Lorraine. Après la période estivale, nous recevons jusqu’à deux fois plus d’animaux qu’au printemps, parfois des portées entières de chats ou tout juste des chiots sevrés.»

Derrière chaque abandon, des motifs variés, mais un même constat

  • Sous-estimation de l’engagement et des contraintes : l’adoption impulsive, parfois lors des périodes estivales, se solde par un retour prématuré de l’animal lorsque les réalités reprennent le dessus à la rentrée.
  • Difficultés financières ou logements inadaptés : la reprise d’activité ou un changement de situation peuvent brusquement compliquer la garde d’un animal.
  • Mauvaises anticipations des vacances : hôtels refusant les animaux, refus d’un proche de prendre le relais, places en pension vite épuisées…
  • Portées surprises de chats errants non stérilisés, qui, à la faveur du printemps, multiplièrent les naissances non désirées… jusqu’à la rentrée.

Des refuges surchargés et à bout de souffle

Pour les refuges, cette période rime avec saturation. «Nous devons déjà composer avec des locaux limités, des budgets serrés et une équipe principalement bénévole» explique Karim, responsable d’une association dans la banlieue parisienne. «À partir d’août et tout au long de septembre, nous refusons parfois des animaux par manque de place, ou sommes forcés de multiplier les cages collectives et rotations en chatteries.»

La surpopulation entraîne de nombreuses conséquences : hausse du stress et des agressions entre pensionnaires, propagation rapide de maladies (coryza, parvovirose), difficultés de socialisation, et surtout, dégradation de la qualité d’accueil et de soins. Les équipes, déjà épuisées, se retrouvent confrontées à l’impossibilité de répondre à chaque appel à l’aide.

Chats, chiens, NAC : toutes les espèces concernées

Si le chien reste le symbole tristement emblématique de l’abandon estival, le chat est aujourd’hui l’espèce la plus représentée dans les refuges, notamment en raison d’une prolifération difficilement maîtrisée. Parallèlement, les NAC (lapins, furets, cochons d’Inde, tortues, etc.) sont de plus en plus abandonnés eux aussi, parfois pour des motifs surprenants : lapin devenu trop « sauvage », hamster « trop bruyant » ou serpent ayant dépassé l’appréciation du « petit reptile de compagnie ».

L’impact sur l’ensemble de la chaîne de protection animale

Le débordement se répercute sur tous les acteurs : refuges, familles d’accueil, vétérinaires partenaires. Les soins vétérinaires se multiplient et alourdissent la facture des associations, qui dépendent la plupart du temps de dons et de mécènes privés.

  • Des listes d’attente qui s’allongent : fin d’été, il est fréquent que des particuliers se voient refuser l’entrée d’un animal pour cause de capacité maximale atteinte.
  • Adoptions ralenties : de nombreux foyers anticipent déjà la rentrée scolaire et limitent leurs projets, si bien que le «turn-over» des adoptions baisse au moment où les arrivées augmentent.
  • Placement d’animaux âgés ou à besoins spécifiques plus difficile : il devient plus compliqué de trouver une famille pour les animaux dits « invendus des vacances », ceux restés plusieurs mois au refuge, ou ceux présentant une pathologie chronique.

La sensibilisation au cœur des mesures préventives

Pour endiguer le flot d’abandons, les refuges et associations misent, chaque année, sur des campagnes de sensibilisation intensives. Affiches, spots radio, réseaux sociaux et interventions en écoles multiplient les messages sur la responsabilité de détenir un animal, les alternatives à l’abandon (familles d’accueil temporaires, covoiturage animalier, pensions) et l’importance de la stérilisation.

« Adopter, c’est un engagement sur dix, quinze ans. L’animal n’est ni un bien de consommation ni une variable d’ajustement pour les vacances », rappellent les campagnes nationales.

Des structures proposent aussi de l’accompagnement : guides “Voyager avec son animal”, aide au placement temporaire, ou conseils pour gérer un retour de vacances avec un nouvel animal domestique.

Le rôle clé des bénévoles et du tissu associatif

Face à la hausse des abandons, les bénévoles prennent le relais. Leur mobilisation permet d'améliorer le quotidien des pensionnaires, d'assurer promenades, sociabilisation ou nettoyage renforcé. Toutefois, cet investissement n’est pas sans faille : le risque de découragement et d’épuisement psychologique est réel, d’autant que la charge émotionnelle liée à l’abandon est forte.


Penser à l’adoption responsable : le message des refuges

Si vous envisagez d’accueillir un animal, réfléchissez toujours à la compatibilité de votre mode de vie avec ses besoins réels, sur la durée. Avant de franchir le pas de l’adoption pendant l’été, posez-vous les bonnes questions :

  • Serez-vous disponibles pour les soins, la promenade, l’éducation une fois la rentrée venue ?
  • Avez-vous une solution concrète pour le faire garder lors des absences (vacances, déplacements professionnels) ?
  • Votre budget permet-il d’assumer nourriture, soins vétérinaires, accessoires… ?

Les refuges sont aussi sources de conseils : nombre d’entre eux proposent aujourd’hui des entretiens préparatoires, des “contrats d’adoption” incluant un suivi, ou des périodes d’essai en famille d’accueil.

Agir à son échelle : comment aider les refuges en septembre ?

  • Faire un don financier ou matériel : chaque euro compte, mais les dons de nourriture, litière, jouets ou produits de soin sont tout aussi précieux.
  • Devenir famille d’accueil temporaire : héberger un animal en attendant son adoption aide à désengorger les structures et à mieux socialiser les pensionnaires.
  • Proposer du temps bénévole pour aider sur place : aide au nettoyage, aide logistique lors d’évènements d’adoption, soutien administratif ou communication…
  • Relayez les messages de prévention : partagez les campagnes locales sur vos réseaux, informez vos proches.

Enfin, l’engagement de chacun passe aussi par la vigilance collective : un animal livré à lui-même ne doit pas être ignoré, mais signalé rapidement, afin d’éviter qu’il ne vienne grossir encore les rangs des abandons anonymes.

En conclusion : dépasser la fatalité, c’est (aussi) l’affaire de tous

Le pic d’abandons après l’été n’est pas une fatalité inéluctable. En informant, en s’engageant et en refusant chaque forme d’abandon, nous pouvons inverser la tendance. Chaque adoption responsable, chaque acte de solidarité – petit ou grand – fait la différence pour les milliers d’animaux qui, chaque année, attendent une nouvelle chance à la rentrée.

« La meilleure adoption, c’est celle qui se prépare et qui dure. Soutenez les refuges près de chez vous : en septembre, leur travail n’a jamais autant besoin de relais solidaires. »

Pour aller plus loin et s’impliquer

Découvrez la liste nationale des refuges sur animauxauquotidien.fr, rubrique Communauté. Astuces d’adoption, conseils pour préparer un accueil serein et témoignages de bénévoles vous y attendent. Rejoignez les groupes locaux ou participez aux journées portes ouvertes pour agir concrètement et donner, ensemble, de la voix à ceux qui n’en ont pas.

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